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Chaque jour, des Canadiennes et des Canadiens sont ciblés par des gens qui gagnent leur vie en trompant les autres. Pour la seule année 2024, le Centre antifraude du Canada a reçu des signalements totalisant plus de 643 millions de dollars en pertes — et les spécialistes estiment que de 5 à 10 % seulement des fraudes sont signalées. Le coût réel est probablement bien plus élevé.
Mais voici une chose importante à comprendre dès le départ : se faire prendre dans une arnaque ne veut pas dire que vous avez été imprudent, naïf ou pas assez futé. Il s'agit de criminels professionnels et habiles, qui perfectionnent leurs techniques depuis des années. Ils savent manipuler même les personnes les plus prudentes.
Comprendre le fonctionnement des arnaques — et pourquoi vous pouvez en être la cible — est l'un des gestes les plus efficaces que vous puissiez poser pour vous protéger.
Les fraudeurs n'agissent pas au hasard. Ils ont des objectifs précis, et presque toutes les arnaques visent à obtenir l'une de ces quatre choses :
L'objectif le plus évident. Les fraudeurs peuvent vous demander de faire un virement télégraphique, un virement électronique, d'acheter des cartes-cadeaux ou d'envoyer de l'argent comptant. Une fois l'argent parti de cette façon, il est presque impossible de le récupérer.
Votre numéro d'assurance sociale, votre date de naissance, vos mots de passe et vos coordonnées bancaires ont une très grande valeur. Ces renseignements peuvent servir à voler votre identité, à ouvrir des comptes en votre nom ou être revendus à d'autres criminels.
Certains fraudeurs veulent accéder à votre compte bancaire, à votre courriel ou à votre ordinateur. Avec cet accès, ils peuvent vider vos économies, faire des achats en votre nom ou se servir de vos comptes comme tremplin pour cibler d'autres personnes.
Toutes les arnaques ne visent pas uniquement l'argent. Certaines cherchent à vous isoler de votre famille et de vos amis, à créer une dépendance ou à vous amener à obéir sur une longue période. Les fraudes amoureuses, en particulier, misent souvent d'abord sur l'emprise émotionnelle.
Soyons très clairs : les aînés ne sont pas ciblés parce qu'ils seraient crédules ou naïfs, mais parce que les fraudeurs leur prêtent certaines caractéristiques qui en font des cibles intéressantes.
Il y a aussi une dimension biologique qu'il vaut la peine de connaître. Des recherches ont montré qu'en vieillissant, la région du cerveau qui traite les signaux sociaux liés à la confiance devient moins active. Il devient donc plus difficile de percevoir les indices subtils indiquant que les intentions de quelqu'un ne sont peut-être pas sincères — non pas en raison d'une baisse d'intelligence ou de jugement, mais à cause de changements dans la façon dont le cerveau traite l'information.
Ce n'est pas une raison d'avoir honte ou de se décourager. C'est simplement utile à savoir — et c'est précisément pourquoi la vigilance et les bonnes habitudes comptent autant.
Peu importe l'apparence d'une arnaque en surface — qu'elle arrive par téléphone, par courriel, par texto ou par un coup frappé à votre porte —, presque toutes suivent le même schéma de base. Comprendre cette formule est l'un des outils les plus utiles à votre disposition.
Le fraudeur entre en contact — par téléphone, courriel, texto, médias sociaux, courrier ou en personne. Son but est simplement d'attirer votre attention.
Il crée une raison d'agir tout de suite. Soit quelque chose de terrible se produira si vous n'agissez pas, soit une occasion formidable vous attend. Le but est de vous faire sentir qu'attendre serait dangereux ou coûteux.
C'est ici qu'il vous accroche. Peur, excitation, amour, culpabilité, compassion — peu importe l'émotion, pourvu qu'elle fasse aller votre cerveau plus vite que votre jugement. Dès que les émotions fortes prennent le dessus, notre capacité à penser de façon critique chute fortement.
Il demande enfin ce qu'il veut vraiment : de l'argent, des renseignements personnels, l'accès à vos comptes, l'accès à distance à votre ordinateur ou votre participation continue.
Il tente souvent de vous empêcher d'en parler à qui que ce soit. « N'en parlez pas à votre famille. » « Il s'agit d'une enquête confidentielle. » L'isolement maintient l'arnaque en vie et empêche la vérification qui y mettrait fin.
Est-ce que je me sens bousculé ou sous pression en ce moment? Me demande-t-on de cacher cela à quelqu'un en qui j'ai confiance? Y a-t-il quelque chose qui cloche, même si je n'arrive pas à l'expliquer?
Si vous répondez oui à l'une de ces questions, arrêtez-vous. Respirez. Appelez une personne de confiance avant de faire quoi que ce soit.
Les tactiques d'arnaque changent constamment : nouvelles histoires, nouvelles technologies, nouvelles plateformes. Mais les catégories dans lesquelles elles s'inscrivent sont restées remarquablement stables depuis des décennies. Reconnaître ces schémas vous évite d'avoir à apprendre chaque nouvelle arnaque à partir de zéro. Dès que vous voyez la catégorie, vous pouvez en repérer les signes. Cliquez ou touchez chaque catégorie pour l'ouvrir.
Quelqu'un se fait passer pour une autorité de confiance — un organisme gouvernemental, votre banque, un policier, un fournisseur de services publics ou même un membre de votre famille — pour gagner votre confiance, puis obtenir votre argent ou vos renseignements.
Exemples courants :
Les organismes gouvernementaux et les banques ne vous demanderont jamais de payer par carte-cadeau, par cryptomonnaie ou par virement télégraphique. Ils ne vous demanderont jamais votre mot de passe ou votre NIP au téléphone. Dans le doute, raccrochez et composez vous-même le numéro officiel — un numéro que vous avez trouvé par vos propres moyens, pas celui qu'on vous a donné.
Un message arrive — par téléphone, courriel ou texto — et menace de conséquences graves si vous n'agissez pas immédiatement. Le but est de créer une panique si forte que votre jugement cesse de fonctionner.
Exemples courants :
Les véritables organismes gouvernementaux ne menacent pas d'arrestation, d'expulsion ou de perte de prestations au cours d'un seul appel téléphonique inattendu. Si un message est conçu pour vous faire peur, cette peur est probablement voulue. Ralentissez.
Ces arnaques reposent sur la création d'un lien émotionnel — amoureux, familial ou amical — avant la demande d'argent ou d'aide. Elles exploitent votre amour et votre compassion, ce qui les rend particulièrement douloureuses lorsqu'on les découvre.
Exemples courants :
Les véritables urgences — même les plus convaincantes — n'exigent jamais qu'on les cache à sa famille. Avant d'envoyer de l'argent à une personne que vous n'avez jamais rencontrée en personne, appelez un membre de votre famille en qui vous avez confiance. Si quelqu'un prétend être votre petit-enfant, raccrochez et appelez directement votre petit-enfant au numéro que vous avez déjà.
Ces arnaques proposent des occasions financières qui semblent trop belles pour être refusées : rendements exceptionnellement élevés, accès exclusif ou profit « garanti ». Elles s'appuient souvent sur des documents convaincants, des plateformes d'apparence professionnelle et des témoignages qui sonnent vrai.
Exemples courants :
Aucun placement légitime ne garantit des rendements élevés sans risque. Méfiez-vous particulièrement des plateformes de placement dont vous avez entendu parler par une relation personnelle plutôt que par une institution financière réglementée. Dans le doute, vérifiez le conseiller ou le placement auprès de l'organisme de réglementation des valeurs mobilières de votre province — au Québec, l'Autorité des marchés financiers (AMF).
Un message affirme que vous serez bientôt facturé pour un abonnement ou un service — souvent un service que vous ne reconnaissez pas — et vous presse d'appeler ou de cliquer sur un lien pour annuler.
Exemples courants :
Si vous n'êtes pas certain d'avoir un abonnement auprès d'une entreprise, trouvez son site Web officiel et communiquez directement avec elle. N'appelez jamais le numéro fourni dans un message suspect.
Une fenêtre contextuelle apparaît sur votre ordinateur, ou vous recevez un appel non sollicité, affirmant que votre appareil a un problème grave qui exige une attention immédiate. Le but est d'obtenir un accès à distance à votre ordinateur ou un paiement pour une fausse « réparation ».
Exemples courants :
Microsoft, Apple et votre fournisseur d'accès Internet ne vous appelleront jamais à l'improviste au sujet d'un problème avec votre ordinateur. N'accordez jamais l'accès à distance à votre appareil à une personne qui vous a contacté. Si une fenêtre contextuelle suspecte apparaît, fermez votre navigateur ou redémarrez votre ordinateur — n'appelez pas le numéro affiché.
Un avis vous parvient — par téléphone, courrier, courriel ou médias sociaux — pour vous annoncer que vous avez gagné un prix. Mais pour le réclamer, il faut un paiement, des renseignements personnels, ou les deux.
Exemples courants :
Si vous n'avez pas participé, vous ne pouvez pas gagner. Aucune loterie ni aucun concours légitime n'exige des frais pour réclamer un gain. Tout « frais de traitement », « paiement d'impôt » ou « dépôt d'assurance » exigé est un signe d'arnaque.
L'une des évolutions récentes les plus importantes en matière de fraude est le recours à l'intelligence artificielle. Les fraudeurs ont maintenant accès à des outils qui leur permettent de :
Cela signifie que même si vous croyez entendre la voix de votre petit-enfant au téléphone ou voir un visage familier dans une vidéo, ce n'est peut-être pas réel. L'arnaque aux grands-parents est devenue beaucoup plus sophistiquée grâce aux technologies de clonage de la voix.
Le but de cette section n'était pas de vous rendre méfiant envers tout le monde, mais de vous montrer les schémas qui se cachent en coulisses. Dès que vous voyez la formule, peu importe l'apparence de l'arnaque en surface, vous avez bien plus de chances de la repérer.
